Les seuls moments où je me suis senti vivant c'est avec toi. La seule seconde de ma vie où je me suis senti vivant, c'est la longue éternité que j'ai passé à tes côtés, en quelques années. Il y en a qui disent que l'éternité c'est trop long. Les cons.Je sais ce qu'ils racontaient au bahut. Ils prenaient ça pour quelque chose de très banal.Les mecs me demandaient si tu étais bonne au lit. Ca te fessait marrer. Dans les derniers temps, ils ne disaient plus rien. Tu les dégoûtais et tu les savais. Moi, tu m'effrayais. Ça aussi, tu en avais conscience. Je crois même que tu le comprenais.S'il savaient seulement ce qui nous a traversés, ce qui s'est réellement passé.Je n'étais pas un garçon pour toi, et pourtant, j'étais ton garçon, le seul. J'ai la prétention de retourner cette certitude là dans ma tête. Tu m'aimais. De biais. A ta façon. Et c'était sans doute bien plus fort que n'importe quelle autre histoire. Je ne crois pas t'avoir fait de chantage avec ça. J'ai compris que ce ne serait pas une histoire comme les autres, une histoire comme celle que j'avais pu espérer au départ. Je n'avais pas le choix, je ne pouvais pas me passer de toi. Alors j'ai vécu comme ça. A côté de toi. Mais on est parfois bien plus proches a côté que collés.. Quand on me demandait, je ne savais même plus comment m'expliquer sur nous deux. Aucun mot ne m'allait. Tu n'étais pas ma « s½ur ». Tu n'étais pas ma « meilleure amie ». Tu étais celle que je j'avais pas vue partir. Et l'absente dont je pensais qu'elle me laisserait à genoux. Une fois, une foi seulement le me suis dit ça : « qu'on me l'enlève et je ne suis plus rien.» Et tu sais quoi ? Je ne suis plus rien et pourtant je vis. Je ne suis pas en train de t'expliquer que je me sens coupable de vivre sans toi. Juste : je ne pensais vraiment pas. Je ne sais pas ce qu'il s'est passé dans mon corps pour qu'il continue à marcher droit. Ma vie est cassée en deux mais je vis. Je n'ai goûta rien mais je me réveille tous les matins, je me lève, mon corps me porte, j'ignore où il va chercher ça, je vis, je ne vois pas ça comme un miracle, juste un mystère de la nature. (Que veux-tu que j'aille expliquer ça ? A qui est-ce qu'on peut dire ça ? Ils ne comprenaient déjà pas notre histoire, alors que veux tu que j'aille leur expliquer ça ?) Je suis comme un blésé de guerre à qui on a dû amputer les jambes et les bras. Et il se tient là, droite et vivant. Mais la vie lui ordonne de vivre. Sans goût aucun. Comme un arbre [ ... ]